dimanche 18 septembre 2011

Les devoirs du soir à l'école primaire sont-ils vraiment indispensables ?

Tout est parti des difficultés de ma fille à se plonger dans le bain du CP et des devoirs du soir.
En effet, dur dur pour elle de s'attabler le soir et de se concentrer, ne serait-ce même que 5 minutes, sur des leçons qu'elle a déjà rabâchées pendant la journée en classe.
Elle n'en voit pas l'utilité et elle nous le fait clairement comprendre par ses remarques :
- "Mais je l'ai déjà fait !"

Méthode de lecture Léo et Léa

Et j'avoue que devant ce que j'appellerai sa mauvais volonté manifeste, je n'ai pas la patience de son papa.

Voilà donc deux semaines que je m'interroge.
Il y a encore trois mois, ma fille était encore en maternelle, où la vie était belle et tranquille et où l'apprentissage n'était pas forcé. Enfin, pas trop, en théorie.

A ce stade, je pense utile de rappeler qu'à notre époque, de mémoire, mais je peux me tromper, on n'apprenait pas déjà à écrire en attaché à l'école maternelle - il est clair qu'on en demande toujours plus et plus tôt à nos enfants - par contre, on apprenait à faire nos lacets et à faire les tresses, voilà, c'est dit ! (;-)))

Je disais donc que, du jour au lendemain, voilà ma fille débarquée au CP dans la cour des grands, où le rythme se retrouve tout autre.
Attention, on ne rigole plus ! Et pour cause, l'apprentissage de la lecture est en jeu.
Je ne suis pas une petite souris, je ne suis pas moi-même professeur des écoles, et je ne sais donc pas vraiment comment se déroule une journée de cours au CP, mais j'imagine qu'on doit demander à nos enfants de gros efforts de concentration pour assimiler tout le programme.
Et une fois rentrés à la maison, c'est la double peine, j'ai envie de dire, sans mauvais jeu de mots !
Toute la journée à faire des travaux dirigés, ils pensent pouvoir enfin se reposer mais que nenni ! Il faut encore réviser !
A peine ma fille a-t-elle franchi le seuil de l'appartement, qu'elle se précipite dans sa chambre pour jouer avec son petit frère.
JOUER.
C'est encore une enfant et elle a besoin de jouer une fois la journée d'école finie. 
Normal.

Et vendredi soir, après l'école, une maman avec qui je discutais de ces histoires de devoirs le soir, m'a fait remarquer qu'en principe, "les devoirs sont interdits, par une directive !"
Vous pensez bien que ça a fait tilt dans mon ciboulot et qu'une fois rentrée à la maison, hop, hop, hop, une petite recherche internet m'a permis de me renseigner sur le sujet.

Effectivement, une circulaire de 1956 stipule qu'"aucun devoir écrit, soit obligatoire, soit facultatif, ne sera demandé aux élèves hors de la classe." Laquelle interdiction a été rappelée par la suite.

Devoirs interdits le soir hors de la classe, d'accord, mais uniquement devoirs écrits.
Le professeur peut tout à fait donner des leçons à apprendre. Les leçons ne sont pas des "devoirs", au sein législatif du terme.

Alors moi je veux bien que les devoirs écrits soient interdits le soir, après l'école, mais on aura beau tout m'opposer (et même le fait plutôt légitime que les leçons du soir sont un lien entre les parents et le travail qui est fait à l'école, un moment de partage privilégié entre son enfant et soi pour échanger sur sa journée à l'école), vous ne m'enlèverez pas de la tête que les leçons orales n'en sont pas moins du travail.

A la rigueur, je veux bien admettre qu'un travail écrit demande une attention supplémentaire à l'enfant mais une lecture à réviser, une poésie à apprendre représentent tout autant une demande de concentration supplémentaire pour l'enfant qui en a déjà plein les pattes de sa journée, pardonnez-moi l'expression !
N'oublions pas que la journée d'école en France est déjà bien assez longue - parmi les plus longues en Europe - et que les programmes sont suffisamment chargés sans qu'il soit besoin de les ressasser à la maison (ça, c'est moi qui l'dit).
Avouez que la limite entre devoir et leçon est un peu tendancieuse, non ?

Ne croyez pas que je sois bornée au point de boycotter les devoirs de ma fille, au risque de la mettre en marge de sa classe, et de la mettre par conséquent mal-à-l'aise.
Non, je suis comme tout le monde, et j'ai envie que tout se passe bien pour ma fille et je ne vais pas aller braver l'institution.
Seulement, je m'interroge... et ce n'est que début vous me direz.

Je ne suis pas contre une ou deux strophes de poésie à mémoriser à la maison, deux fois par semaine, parce que l'exercice de la mémoire est important dans le développement de l'enfant et qu'il ne peut pas vraiment être fait en classe, mais répéter tous les soirs les alo olé ola léo léa vus toute la matinée, je suis pas convaincue.
Non aux leçons systématiques tous les soirs !



Je n'ai pas besoin que ma fille fasse des devoirs pour être rassurée sur ce qu'elle fait la journée à l'école. Même si j'ai du mal à l'imaginer, je sais que la maîtresse fait bien son travail en classe.
Et quant aux bonnes habitudes qu'il faut commencer à prendre en vue du collège... elle a encore un peu de marge non ?

"Si le bien fondé du travail à la maison pour les enfants du collège ou à plus forte raison du lycée, n'est plus à démontrer, il est bon de remarquer que les devoirs à la maison, pour les enfants de l'école élémentaire, ont été abrogés dans les textes officiels de l'éducation nationale depuis plusieurs décennies, mais comme le phénix qui renaît sans cesse de ses cendres, de nombreuses générations d'écoliers, malgré ces textes officiels, ont eu du travail à la maison. Alors, de nombreuses circulaires ont, de loin en loin, rappelé aux maîtres que les devoirs à la maison n'avaient pas lieu d'être et que s'il était éducatif de proposer aux enfants de faire quelques lectures, d'apprendre des poésies ou des "leçons", il n'était pas du tout recommandé après une journée de classe d'exiger d'eux un travail écrit.

Certains sociologues ont même accusé ces devoirs de creuser l'écart entre les enfants des classes favorisées, qui peuvent recevoir de l'aide efficace de leurs parents, et les enfants des classes modestes qui n'ont pas le même soutien à la maison. Mais les us et les coutumes ont la vie dure. Les petits écoliers, qui grandissent et qui deviennent parents à leur tour, ont du mal à concevoir une école pour leurs enfants, sans travail à faire le soir à la maison. Et voilà comment ces fameux devoirs reviennent chaque année: chacun les réclame, les parents les réclament aux enseignants qui les réclament aux enfants. Il peut même arriver que certains enfants en réclament également. Alors, comment résister à une telle pression ? Même les enseignants qui ne sont pas entièrement convaincus de leur bien fondé ont beaucoup de mal à aller en sens contraire de la demande générale. Ils souffriraient de la comparaison avec d'autres collègues. D'autant plus qu'il n'est pas toujours aisé de faire la distinction entre les devoirs qui sont en principe interdits à l'école et les leçons ou les enquêtes qui sont autorisées." (source : Geneviève Cavaye, psychologue scolaire)


Voyez tout ce que ma fille avait à faire pour demain :

La lecture, ce sont les deux pages sur ma première photo
 + La poésie : 6 lignes à mémoriser (cf photo au-dessus)
+ L'illustration : chouette, on peut dire qu'elle l'a déjà terminée !
+ Revoir les lettres a é o l avec son et gestes associés dans le cahier bleu


D'accord, c'est pour le lundi et elle avait tout le week-end, mais est-ce une raison pour tripler la dose quotidienne ?
Le samedi et le dimanche ne servent-ils pas à se reposer ?
Là, avec tout ce qu'avait demandé la maîtresse, il y en avait pour bien plus de 10 minutes de travail, ce qui est tout de même lourd pour un enfant qui vient d'entrer au CP.

Sachez quand même qu'aucune circulaire ne demande à ce qu'un travail soit prescrit aux élèves après l'école.
A méditer...

Votre avis m'intéresse fortement et j'imagine que le sujet est vaste !

PS : mon cher et tendre, qui est beaucoup moins radical que moi et qui ne partage pas vraiment mon avis, me dit que je suis frustrée car je n'ai pas fait Mai 68 !
Ah, ah, ah !

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